Le tribunal administratif de Paris a examiné la requête d’une infirmière demandant la suspension de son licenciement par les Hôpitaux de Paris. Si on lui reprochait au départ le port d’un calot pour motif religieux, il n’est désormais plus question que d’hygiène.
Mediapart a révélé que le groupe hospitalier Sorbonne-Université de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a mis fin au contrat de Maidouline B embauchée en 2018, en raison de son port quotidien du calot, ce petit bonnet souvent porté au bloc chirurgical ou en réanimation. Après avoir invoqué un motif de respect de la neutralité du service public, l’AP-HP a finalement justifié le renvoi de Majdouline par des raisons d’hygiène (« port d’une tenue vestimentaire inadaptée, un couvre-chef ») et par le « refus réitéré de l’ôter malgré les demandes ».
Violaine Lacroix, l’avocate du groupement d’établissements hospitaliers, martèle que « l’AP-HP a acté que [le licenciement] n’était pas pour un motif religieux ». Elle rappelle que Majdouline B. n’a pas été licenciée immédiatement, mais convoquée six fois en entretien. « Il n’y a pas de sanction immédiate, c’est d’abord une discussion, ensuite un blâme – qui n’a d’ailleurs pas été contesté », insiste-t-elle.
La laïcité serait au contraire « l’éléphant dans la pièce », contredit Lionel Cruosé, l’avocat de l’infirmière radiée. Il rapporte que l’AP-HP a en effet changé de motif de reproches au fil du temps, ce que Mediapart a également documenté. L’infirmière a été reçue une fois par sa cadre supérieure le 10 février à propos de son calot, « pour rappeler les règles de la laïcité ». Puis une autre fois le 24 mars, pour évoquer que « tout agent public a un devoir de stricte neutralité, notamment au niveau des couvre-chefs ». Le lendemain, le 25 mars, sa cadre supérieure et le cadre paramédical du département médico-universitaire (DMU) signent encore un courrier, consulté par Mediapart, où « il a été constaté, malgré les précédents rappels, que Majdouline B. n’a pas respecté les principes de la laïcité pendant son exercice professionnel, dans la mesure où elle couvrait la quasi-totalité de ses cheveux avec des accessoires de mode différents ».
Ce n’est qu’après ces trois événements que l’agente est convoquée en conseil de discipline en avril 2025. Alors soudain, la laïcité s’évapore. Le cadre supérieur de santé affirme qu’il faut « laisser l’aspect religieux de côté » et parle d’« hygiène ». Lionel Crusoé souligne que sa cliente n’a pas seulement perdu son travail ; elle a aussi perdu accès à la crèche de l’établissement et n’a donc plus, depuis le 20 novembre, de solution de garde pour son enfant.
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