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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 08:23

Personne ne peut imaginer que le dépassement sera un long fleuve tranquille. La férocité avec laquelle la troïka personnifiée par la chancelière Merkel traite la Grèce coupable de désobéissance prouve que le noyau dur de la rente financière ne se laissera pas vaincre sans combat. Les puissances financières occidentales ne sont pas des tigres de papier , Cuba peut en témoigner.

Assurément des compromis seront nécessaires. Mais qu'est-ce qu'un compromis, au sens où nous l'entendons, dans l'optique du dépassement ?

Le passé nous permettra d'illustrer le propos. Nous nous appuierons sur la sténographie du Procès du Maréchal Pétain , passionnante à maints égards , et particulièrement sur la déposition-plaidoyer de Pierre Laval traître commode pour tous ceux que la quatrième république a recyclés, et ils sont nombreux. Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer il n'a pas éludé les raisons de sa politique , il les a même revendiquées, avec bien sûr quelques habiletés pour masquer sa responsabilité dans les atrocités de la répression.

Que dit Pierre Laval ? Qu'il a cru à la victoire de l'Allemagne , du moins jusqu'en 1943 , et que c'est cette option qui justifie toute sa conduite. Les exemples fourmillent dans sa déposition et nous n'en prendrons qu'un : sa déclaration "je souhaite la victoire de l'Allemagne". Il n'est pas question ici de rentrer dans les détails mais si les bases de sa réflexion (la victoire de l'Allemagne) étaient fondées, sa déclaration était habile , dans une optique de moindre mal. Il est facile pour nous de vérifier que cette opinion était fausse, c'était beaucoup plus difficile en 1942.

Un compromis doit donc se juger en premier par la pensée qui le conçoit. Hollande et Valls, Laval des temps modernes ( la comparaison ne vaut pas pour les hommes mais comme exemple) croient dur comme fer que le capitalisme rentier est un horizon indépassable, que c'est lui en somme qui va gagner la guerre. Toute leur stratégie (forcément défensive) en découle. Ils n'ignorent rien du prix à payer, pas plus que Laval ne se faisait d'illusions sur l'Allemagne. Ce n'est pas une question d'éthique ou de morale mais de raison d'état. Le moindre mal revendiqué la fonde.

Au procès Pétain l'accusation n'a eu aucune difficulté à ironiser sur les résultats de ce moindre mal : il n'a rien empêché , et Laval s'est compromis dans une situation où n'étant maître de rien il a porté la responsabilité de tout. Cela découlait de son erreur d'appréciation de départ et non de ses intentions.

En face De Gaulle aussi a dû faire des compromis, avec Giraud, avec les communistes, avec les américains. Comme son postulat de départ s'est révélé juste , l'histoire lui a donné raison.

Le compromis n'est donc pas seulement une discussion au cours de laquelle chacun fait la moitié du chemin. Il dépend du postulat de départ de chacune des parties.

Nous allons à présent entrer dans l'actualité brûlante pour affiner notre pensée. Prenons l'exemple de la gestion des Départements et Régions. Que signifie "garder les Pyrénées orientales à gauche" comme l'affirme le Travailleur Catalan lors des départementales? Le résultat, c'est une gestion commune PS-PCF dans laquelle si on en croit le journal du département et la tribune libre des élus FDG, ces derniers gardent leur autonomie et leur capacité à dire non à ce qui ne leur convient pas.

Dans la pratique, et c'est le réel qui nous intéresse, le budget du département est encadré par la politique générale des dépenses publiques, c’est-à-dire leur baisse constante. Un socialiste adepte du moindre mal n'y verra pas malice, il pense qu'on n'y peut rien. Mais les élus FDG ? On voit tout de suite ce que leur position aura très rapidement d'intenable. C'est que le compromis s'est établi sur la base proposée par le PS. Il ne s'agit donc pas dès le départ d'un compromis mais d'une acceptation plus ou moins forcée de la règle du jeu établie par d'autres. Aux yeux du bon peuple le procès est vite jugé : ils sont complices , la place doit être bonne.

C'est pourquoi les compromis ne doivent pas résulter d'accords d'états- majors préalables mais de rapports de forces sur le terrain. En apparence au début la différence ne sera pas grande, car la droite et le PS ont encore de la marge pour imposer le libéralisme. Mais si le rassemblement s'appuie sur la lutte et la satisfaction des besoins il sera en capacité d'obtenir des succès d'abord mineurs (au sens où ils ne remettront pas en cause le libéralisme), puis de plus en plus porteurs du dépassement. En tout cas il ne sera pas perçu comme une complicité et donnera un espoir alors qu'un faux compromis provoque le désespoir.

Henri Ausseil

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