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4 novembre 2020 3 04 /11 /novembre /2020 08:33

D'une très longue interview  de Saïd Bouamama (classé à notre avis à tort  parmi les partisans  de l'action minoritaire de  partis très à gauche) nous avons extrait (les sous titres sont du blog)  des réponses que la vraie gauche aurait tout intérêt à intégrer, non pour en faire des valeurs de gauche , mais pour réussir le rassemblement qui changera les choses.

Lien  https://www.revue-ballast.fr/said-bouamama/

La gauche et les quartiers populaires

"Sur un certain nombre de questions qui touchent les populations des quartiers populaires, les analyses dominantes produites par la gauche évacuent leur spécificité. Prenons un exemple très connu, et tout aussi concret : une grande partie de la gauche et de l’extrême gauche considère que le port du foulard empêche tout travail commun. Nous pensons quant à nous que les musulmans — et donc les musulmanes qui peuvent le porter — sont une composante du peuple français et que le foulard ne devrait pas être un obstacle ni son retrait une condition pour pouvoir avancer ensemble. La non-reconnaissance du développement de l’islamophobie comme forme de racisme contemporain nécessitant une mobilisation collective reste un facteur entravant l’action commune. Et dire que la classe ouvrière est homogène, c’est nier l’oppression des femmes en son sein.: il ne s’agit pas de créer une homogénéité ou une unicité. Un peuple est, toujours, hétérogène ; la question que nous devons nous poser ensemble est celle de l’acceptation de l’hétérogénéité nouvelle du peuple, issue de la décolonisation. Des Noirs, des Arabes et des musulmans sont à présent partie prenante de la classe ouvrière et des couches populaires de la nation. La croyance ou la non-croyance ne doivent pas être un critère de l’action commune : comme disait Aragon, « celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas » étaient unis dans le combat contre le nazisme."

La construction d'une alternative politique

". Face à une multitude de résistances, de groupes et d’individus, il nous reste à réfléchir à l’espace le plus à même de créer une convergence vers les endroits de pouvoir où se joue l’avenir d’une transformation à vocation révolutionnaire. Appelons cet espace « parti », si l’on veut, mais à condition que personne ne vienne nous dire qu’il est déjà construit et qu’il ne doit être qu’ainsi. Nous avons besoin d’un état-major : en face, ils en ont un. Je ne parle pas d’un chef mais d’un espace au sein duquel se pensent la stratégie commune et les moments d’offensive. Une organisation politique capable de prendre en charge ce travail reste nécessaire…. Il ne suffit pas de résister : on sait le faire. Mais la question que l’on doit résoudre, c’est celle du pouvoir. Si on ne touche pas au pouvoir, on ne change pas la société. La transformation des rapports sociaux suppose une victoire sur le pouvoir — ce qui n’empêche pas de travailler avec toutes les formes de résistance … Soyons humbles. On sait qu’il faut détruire le pouvoir de domination ; par quoi le remplacer ? C’est aux mouvements de masse de l’inventer demain, non aux petits groupes militants. Ce qui reste certain, c’est qu’on n’abat pas durablement un système sans organisation."

La lutte suppose de savoir pourquoi on se bat

"Dans mon livre La France : autopsie d’un mythe national, j’ai analysé la séquence 1789–1799. Il n’y a pas seulement la prise de la Bastille [ mais l'abolition des droits féodaux   ajout du blog car les serfs n'existaient plus en 1793   depuis longtemps)    C’est une réforme agraire imposée par la base et personne n’en parle. Il y a, de 1789 à 1793, le droit de vote accordé aux résidents étrangers — et on se bat encore pour ça aujourd’hui ! Il y a la Constitution de 1793 qui porte en elle-même l’intégralité des droits sociaux et même celui à l’insurrection — elle sera abolie deux ans après… Il y a la traduction, dans toutes les langues du territoire de France (qu’on dit « régionales »), des édits révolutionnaires. C’est une période courte, très courte, sur laquelle vient se greffer la construction du capitalisme puis le projet colonial. La République française devient donc rapidement consubstantielle avec l’impérialisme. Ne disons pas qu’il est un « âge d’or » à retrouver ; décolonisons plutôt cette notion pour la rendre à nouveau révolutionnaire !

Ceux qui prétendent qu’il faut mettre l’universalisme ou les Lumières à la poubelle s’expriment en réaction au débat « Pour ou contre les Lumières ? ». J’estime pour ma part que la dynamique introduite par les Lumières — l’« antitotalitarisme », les droits des individus — est intéressante ; le problème, c’est qu’elle s’est construite non pas pour l’Homme mais pour l’homme masculin blanc et riche. Les Lumières, qui portaient un réel potentiel révolutionnaire, ont aussitôt été réduites : suffrage censitaire, esclavagisme, relégation des femmes."

La gauche et l'international

La gauche "a encore des réflexes qui nous empêchent de construire un vrai mouvement anti-guerre en France. En Grande-Bretagne et en Italie, les gens se sont mobilisés contre les frappes en Syrie ; pas nous. C’est une vraie faiblesse. Il ne s’agit pas de soutenir Assad, simplement de dire que les régimes autoritaires sont l’affaire des peuples concernés. Nos armes n’ont pas à prétendre régler les problèmes des autres.

Je ne crois pas à la libération du Rojava  par l’extérieur. Je ne connais aucun exemple historique où un mouvement a été sauvé ainsi. On peut soutenir les militants sur place, évidemment, et surtout créer un rapport de force dans nos pays européens. Occupons-nous des relations entre nos États et les pouvoirs dictatoriaux, avant même que les guerres n’éclatent : ce serait déjà énorme. Les armes, ce n’est pas notre question."

 

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