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18 novembre 2020 3 18 /11 /novembre /2020 08:29

Dans une longue interview  au "Grand continent" Macron livre avec beaucoup d'intelligence ce qu'il appelle sa doctrine. Mais il n'est pas difficile, au-delà du bla bla bla  politicien, d'extraire  le fond de sa pensée

Il identifie les crises en oubliant l'essentiel

Il s'agit du  changement climatique, de la biodiversité, de l’insoutenabilité des inégalités entre nos sociétés et dans nos sociétés – et la grande transformation numérique. Il y ajoute" l' accumulation des crises de court terme, comme l’épidémie et le terrorisme."

Il oublie le nouveau rapport de forces mondial  et la rente à 14 % des fonds de pension baladeurs   que pourtant il évoquera plus loin assez vaguement.

Il s'inscrit dans une guerre de civilisation

Citons le,  car c'est important :" Il y a un relativisme contemporain qui vient, qui est vraiment une rupture, et qui est le jeu de puissances qui ne sont pas à l’aise avec le cadre des droits de l’homme des Nations Unies. Il y a très clairement un jeu chinois, un jeu russe sur ce sujet, qui promeut un relativisme des valeurs et des principes, et un jeu aussi qui essaie de reculturaliser, de remettre dans un dialogue de civilisations, ou dans un conflit de civilisation, ces valeurs, en les opposant à l’aune du religieux par exemple. Tout cela est un instrument qui fragmente l’universalité de ces valeurs."  Donc le nouveau rapport de forces ne concerne pas le développement d'autres nations qui menacent l'hégémonie  économique passée occidentale, mais la confrontation entre un monde du bien (les droits de l'homme) et un monde du mal.   La continuité avec la doctrine de la guerre froide est affligeante, masquée par des remarques contradictoires.

Il parle pourtant  sans cesse de coopération

C'est contradictoire avec la  guerre de civilisation face au "relativisme"  Citons le "On a besoin de réinventer les formes d’une coopération internationale… nous avons besoin de coopérer. ..On ne battra pas l’épidémie et ce virus si on ne coopère pas. Quand bien même certains découvriraient un vaccin, s’il n’est pas diffusé à la planète entière, cela veut dire que le virus reviendra dans certaines zones. Pour combattre le terrorisme, on est là aussi tous frappés : il ne faut pas oublier que plus de 80 % des victimes de ce terrorisme islamiste proviennent du monde musulman, on l’a encore vu au Mozambique ces derniers jours. Nous avons une communauté de destin face à toutes ces crises. Et pour moi le premier cap dans la vie internationale est de chercher les voies d’une coopération … Nous devons avoir deux axes forts : retrouver les voies d’une coopération internationale utile qui évite la guerre mais permet de répondre à nos défis contemporains ; construire une Europe beaucoup plus forte, qui puisse peser de sa voix, de sa force, et avec ses principes dans ce cadre refondé.

La rupture de 1989 est assumée

"une deuxième rupture  est, je pense, la crise des sociétés occidentales post-1968 et 1989. Vous voyez un néo-conservatisme monter, partout en Europe d’ailleurs, qui est une remise en cause – ce sont les néo-conservateurs eux-mêmes qui le prennent comme référence – de 1968, c’est-à-dire au fond d’un état de maturité de notre démocratie – la reconnaissance des minorités, ce mouvement de libération des peuples et des sociétés – et il y a le retour du fait majoritaire et en quelque sorte d’une forme de vérité des peuples. Et je pense qu’on est aussi à un point de rupture par rapport au post-1989. Les générations qui sont nées après 1989 n’ont pas connu la dernière grande lutte qui a structuré la vie intellectuelle occidentale et nos relations : l’anti-totalitarisme. Elles se sont structurées pour beaucoup, ainsi que leur accès à la vie académique, politique, sur une fiction qui était la «  fin de l’histoire  » et un implicite qui était l’extension permanente des démocraties, des libertés individuelles etc. On voit que ce n’est plus le cas. Réémergent des puissances régionales qui sont autoritaires, réémergent des théocraties. La ruse de l’histoire, d’ailleurs, arrivant sans doute au moment des printemps arabes, où ce qui est vu avec cette même grille de lecture comme un élément de libération est un élément de retour de l’esprit de certains peuples et du religieux dans le politique. C’est une accélération extraordinaire d’un retour du fait religieux dans plusieurs de ces pays sur la scène politique."

 L'installation partout dans le monde occidental du modèle reaganien qui détruit le new deal et l'état providence n'est même pas évoquée. Tout est affaire de choc d'idées, donc de guerre de civilisation.

Et les solutions avancées?

"Renforcer et structurer une Europe politique. Pourquoi ? Parce que si on veut qu’il y ait de la coopération qui se crée, il faut que des pôles équilibrés puissent structurer cette coopération, autour d’un nouveau multilatéralisme, c’est-à-dire d’un dialogue entre les différentes puissances pour décider ensemble. Cela implique d’acter que les cadres de la coopération multilatérale sont aujourd’hui fragilisés, parce qu’ils sont bloqués : je suis obligé de constater que le Conseil de Sécurité des Nations Unies ne produit plus de solutions utiles aujourd’hui ; nous sommes tous coresponsables quand certains deviennent les otages des crises du multilatéralisme, comme l’OMS par exemple."

Donc il faut coopérer mais en dehors du cadre de l'ONU, en renforçant l'Europe, donc par un rapport de forces plus favorable qu'actuellement "construire une Europe beaucoup plus forte, qui puisse peser de sa voix, de sa force, et avec ses principes dans ce cadre refondé.",

On arrive à un point où l’urgence  climatique est telle qu’il … faut la remettre dans le marché. C’est ce que nous sommes en train de faire depuis l’Accord de Paris, avec par exemple le prix carbone, qui n’est pas compréhensible dans le cadre du consensus de Washington, car il implique que quelque chose d’autre que le profit doit être intégré. " 

 le libéralisme est donc  la solution et non la cause  pour Macron

Le fonctionnement de l’économie de marché contemporaine et financiarisée.. a accru les inégalités dans nos pays. Parce qu’il a délocalisé massivement, parce qu’il a réduit au sentiment d’inutilité une partie de notre population, avec des drames économiques, sociaux mais aussi psychologiques profonds : nos classes moyennes en particulier, et une partie de nos classes populaires ont été la variable d’ajustement de cette mondialisation ; et cela est insoutenable… À partir du moment où les classes moyennes n’ont plus d’éléments de progrès pour elles-mêmes et vivent le déclin année après année, un doute s’installe sur la démocratie. C’est exactement ce qu’on voit partout, des États-Unis de Donald Trump au Brexit en passant par les coups de semonce que nous avons dans notre pays et dans beaucoup de pays européens, c’est ce doute qui s’installe où l’on dit au fond : « puisque je n’ai plus de progrès, pour revenir au progrès pour moi, eh bien il faut soit que je réduise la démocratie et que j’accepte une forme d’autorité, soit que j’accepte de fermer des éléments de frontières parce que ce fonctionnement du monde ne marche plus. » 

 C'est donc du peuple qu'émerge la demande d'autoritarisme.

Il faut changer le capitalisme

Aussi vrai que le socialisme n’a pas marché dans un seul pays, la lutte contre ce fonctionnement du capitalisme est inefficace dans un pays. On n’y répond pas par la fiscalité, on y répond en construisant différemment les parcours de vie : par l’éducation et la santé quand on est un pays, mais ensuite par un fonctionnement différent des mouvements financiers et économiques, c’est-à-dire en intégrant l’objectif climatique, l’objectif d’inclusion et les éléments de stabilité du système dans le coeur de la matrice. Voilà comment je vois les choses.

Mais ce ne sera pas en faisant payer les riches et les multinationales (la fiscalité)  mais en développant l'éducation et la santé, ce qui est impossible si on ne fait pas payer les riches et les multinationales.

Il faut museler les réseaux sociaux

Ce qui est en train de se structurer de manière perverse, ce sont les réseaux sociaux et Internet. Et cette création formidable, qui a d’abord été faite pour échanger des savoirs et les faire circuler au sein d’une communauté académique, est devenue un instrument extraordinaire de diffusion de l’information, mais est aussi devenue deux choses dangereuses : un instrument de viralisation des émotions, quelles qu’elles soient – qui fait que chacun se voit dans le monde et dans l’émotion de l’autre sans recontextualisation, pour le meilleur et pour le pire –, et un élément de dé-hiérarchisation de toutes les paroles – et donc de contestation de toute forme d’autorité, au sens générique, qui permet de structurer la vie en démocratie et en société, qu’elle soit politique, académique ou scientifique – simplement parce que c’est là, que quelqu’un l’a dit, et que cela a la même valeur d’où qu’il parle. Cela, nous ne l’avons pas encore suffisamment intégré. Nous n’avons pas organisé d’ordre public de cet espace. Cet espace surdétermine nos choix aujourd’hui, et il change du même coup notre vie politique. Et donc, anthropologiquement, il bouscule les démocraties et notre vie.

Et il a expliqué plus haut que les peuples recherchaient  l'autoritarisme... et que ce n'était pas bon.

Donc  , puisque les médias que  le capitalisme utilisait, le journal, la télé, la radio, perdent de leur crédit , l'Etat doit désormais prendre en main les réseaux sociaux.

 L'interview fort longue continue et reste aussi instructive. Nous en resterons là pour aujourd'hui.  Macron critique beaucoup le capitalisme et  ses outils , l'OTAN etc mais vous pouvez constater que ses omissions et ses propositions visent à le faire perdurer. Changer pour que rien ne change, c'est toujours la même rengaine.

     Henri Ausseil        Les citations de Macron sont en italiques, le reste est le commentaire du blog.

 

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