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3 novembre 2020 2 03 /11 /novembre /2020 12:12

Une archéologie, même rudimentaire, de l'émergence de la pensée islamiste peut probablement aider à comprendre pourquoi la France est frappée par cette nouvelle série d'attentats, ainsi que l'importance du tohu-bohu général suscité par la republication des caricatures de Mahomet. En 1928, Hassan Al Banna, crée la confrérie des Frères musulmans, dont le projet politique, religieux et juridique se déploie dans une Égypte sous mandat britannique. L'islam est conçu comme levier pour conquérir le pouvoir et avec pour finalité d'administrer l'État :   Al Islam din wa dawla

Ils  s'opposent aussi à ce  qu'ils voient comme une laïcisation coupable portée par le parti Wafd qui va se poursuivre avec les régimes successifs, notamment celui de Gamal Abdel Nasser. Ce dernier va subir une tentative d'assassinat orchestrée par les Frères musulmans. L'islamisme frériste revêt dès le début deux aspects : prosélytisme interne pour ré-islamiser les masses et djihad contre les pouvoirs en place. Des concepts politico-religieux réélaborés par Sayyid Qutb, exécuté en 1966, comme la jahiliyya (l'ignorance) et la hakimiyya (« gouvernance » de Dieu sur terre), vont inspirer toute une génération djihadiste.

La répression de Nasser va contraindre les fréristes radicaux à fuir l'Égypte pour se réfugier en Arabie saoudite, un pays gouverné selon la charia (loi islamique) et les préceptes de Mohammed Ibn Abdelwahhab, fondateur du wahhabisme (1744). Se produit alors une synthèse entre frérisme et salafisme qui donne lieu au mouvement Sahwa, prônant un retour à l'islam « authentique » des salaf-salih (pieux ancêtres, en référence au prophète et à ses compagnons), avec des modalités d'organisation et d'action fréristes violentes (le siège de la Mecque en 1979). Il va fortement indisposer le pouvoir saoudien, qui le réprimera à son tour.

En parallèle, le prosélytisme islamiste va connaître un essor considérable avec l'argent des pétrodollars. A partir des années 1960, le royaume va se lancer dans une course pour propager sa version de l'islam dans le monde entier, en multipliant les projets grandioses tels que la création de l'université islamique de Médine (1961) et la Ligue islamique mondiale (1962). Le royaume va investir dans les nouveaux médias : chaînes satellitaires (1990) et réseaux sociaux (2005). En France, des jeunes universitaires vont propager dès les années 1980 la doctrine salafiste qui va réussir à métamorphoser l'imaginaire musulman et la pensée islamique.

Ce « tropisme religieux est bien lui-même l'un des signes du malheur arabe», disait le journaliste franco-libanais Samir Kassir, assassiné en 2005. Un malheur arabe et surtout musulman, si l'on ose nommer les choses, dont il faut aussi .chercher les origines dans les multiples échecs des États arabes (injustice, désespoir, corruption, pauvreté, analphabétisme, malaise identitaire, autoritarisme...) qui favorisent l'élaboration d'une offre idéologique et religieuse de consolation, où l'islam politique devient la solution de tous les maux de la société et des musulmans et l'unique source de fierté. Autant d'éléments qui favorisent l'adhésion et transforment le rapport à la religion, se caractérisant désormais par une sorte de sacralisation des représentations et des symboles religieux. Cela permet de comprendre les réactions violentes actuelles.

Aujourd'hui, la majorité des islamistes européens ne prônent certes pas le djihad, mais ils adoptent un discours de rupture vis-à-vis de la laïcité et les valeurs républicaines. Ils restent en cela fidèles à la pensée mère islamiste. Pour les djihadistes, ces caricatures constituent l'opportunité de légitimer le recours à la violence extrême. Pour les islamistes, elles illustrent la thèse selon laquelle l'Occident et ses valeurs constituent une menace pour l'islam et les musulmans. Le combat de ces islamistes se situe donc plus sur le plan idéologique et cognitif que sur le plan du combat armé. Dire cela relève du constat, non de quelques velléités de stigmatisation comme veulent le faire croire les mouvements islamistes et, plus étonnant, un certain nombre d'intellectuels et d'universitaires. Il est temps que des voix objectives puissent se faire entendre. dans un climat aussi  grave et tendu.

Hasna Hussein sociologue, directrice  de l'Association de prévention  de l'extrémisme violent   et membre de l'Observatoire de la haine en lig

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